Quel type de parti faut-il ?

 

Le discrédit de tous les politiciens qui se sont succédé au pouvoir a conduit les classes populaires à rejeter la politique, le militantisme et tous les partis. Mais se détourner de la politique, c’est se résigner à subir la politique décidée par des partis qui se placent du point de vue du patronat et de l’ordre capitaliste.

Il faut que les travailleurs se battent pour leur propre politique, une politique de classe représentant leurs intérêts matériels à court terme et leurs intérêts politiques à plus long terme. Face à chaque évènement politique et social, les travailleurs doivent pouvoir prendre position en fonction de leurs intérêts spécifiques d’exploités, de salariés ou de retraités modestes.

Au-delà de la défense de leurs intérêts immédiats, les travailleurs doivent contester la domination de la bourgeoisie sur l’économie et la société. Ils doivent affirmer la nécessité de renverser le capitalisme, c’est-à-dire la nécessité que la classe ouvrière exproprie la classe capitaliste, prenne le pouvoir politique et l’exerce de façon collective et démocratique.

Cette politique ne peut exister et être défendue en permanence que si un parti l’incarne. Ce parti doit se revendiquer des idées communistes révolutionnaires. Il doit reconstruire les liens de solidarité et de fraternité si précieux pour les opprimés. Un tel parti ne pourra exister qu’avec la présence de dizaines de milliers de militants de la classe ouvrière dans les entreprises et les quartiers populaires. C’est un tel parti que nous voulons construire.

La colère existe dans le monde du travail. Il y a des travailleurs prêts à manifester et crier leur mécontentement. On l’a vu avec les gilets jaunes. On a vu la capacité de résistance du monde du travail avec la mobilisation contre la réforme des retraites qui a pesé dans l’abandon de cette réforme. Dans les manifestations de cet été contre le passe sanitaire, il y avait aussi des travailleurs révulsés à juste titre par les menaces de licenciement et le mépris gouvernemental.

Mais ces coups de colère manquent cruellement de perspectives politiques, à commencer par l’idée toute simple que la force des travailleurs est dans les entreprises et qu’elle doit être tournée contre la classe capitaliste.

Et c’est peu dire que les directions syndicales n’aident pas les travailleurs à prendre conscience de leur force ! Pour cela il faudrait qu’elles proposent un véritable plan de combat, avec des objectifs de lutte, appuyé par une campagne d’agitation dans les entreprises comme dans les médias. Il faudrait en finir avec les appels catégoriels qui dispersent le mécontentement avant même qu’il ne se fasse entendre. Il faudrait être à l’offensive et chercher le moyen de riposter à chaque attaque gouvernementale et patronale.

Il y a des travailleurs pour se battre et faire grève dans cette période où les attaques antiouvrières se multiplient : certains contre des suppressions d’emplois, comme ceux de la fonderie SAM à Decazeville, dans l’Aveyron ; d’autres pour des augmentations de salaires, comme à Auchan, Decathlon et dans bien d’autres entreprises ces derniers mois. Mais les directions syndicales ne font rien pour s’appuyer sur eux et renforcer parmi les autres travailleurs la conscience de devoir mener des luttes unies autour des mêmes revendications.

Ni les directions syndicales ni les partis dont le nom se réfère au socialisme ou au communisme n’ont la volonté d’offrir des perspectives de lutte au camp des travailleurs. Eh bien, il faut un parti et des militants qui portent cette perspective.

Il faut un parti regroupant les travailleurs combatifs et conscients de leurs intérêts car dans les situations où la colère commence à s’exprimer, il faut savoir dans quelle direction aller, quels objectifs et revendications mettre en avant. Les moments de mobilisation spontanée regroupent et mélangent des femmes et des hommes avec des points de vue divers et variés, aux intérêts différents et parfois contradictoires.

Dans cette confusion inévitable, il faut que les travailleurs aient une politique leur permettant de défendre leurs propres intérêts. Sans quoi, ils se battront sans pouvoir rien gagner pour eux-mêmes ou, pire, ils seront utilisés par des forces politiques qui leur sont étrangères et pour des objectifs réactionnaires.

Alors il faut reconstruire un parti qui affirme qu’il faut retrouver le chemin des luttes massives et collectives de l’ensemble du monde du travail, les manifestations, mais aussi les grèves, les occupations d’usine pour inverser le rapport de force avec le patronat.

Un parti qui affirme que la force des travailleurs réside dans le fait qu’ils produisent non seulement toutes les richesses, mais aussi les profits et le capital de la bourgeoisie, et que c’est à partir de cette position fondamentale qu’ils peuvent contester sa domination.