Un geste symbolique ne fait pas encore la justice fiscale

Editorial des bulletins d'entreprise
05/03/2012

En annonçant qu'il veut créer une nouvelle tranche d'impôt pour ceux qui gagnent plus d'un million d'euros par an, Hollande a repris l'initiative dans son duel avec Sarkozy, entraînant toute la presse à discuter de sa proposition.

À droite, c'est un concert de jérémiades, les uns pour plaindre ces malheureux riches, les autres pour annoncer les pires malheurs pour l'économie au cas où ces messieurs-dames décideraient d'aller s'exiler à Bruxelles, à Genève ou ailleurs. Les commentateurs de ce bord n'hésitent pas à en rajouter en suggérant qu'on va prendre 75 % de tous les revenus de ces malheureux riches. C'est un bon gros mensonge car ce taux ne s'appliquerait qu'à la tranche qui dépasse le million d'euros, ce qui laisserait aux quelques milliers de personnes que cela concerne de quoi faire bouillir la marmite.

Il n'y a pas de quoi faire pleurer dans les chaumières. Mais il n'y a pas de quoi non plus réjouir les classes populaires. Annoncer cette nouvelle tranche d'impôt est une chose, tenir parole en est une autre. Même si une loi est votée, les véritables riches -ils ne se trouvent ni parmi les footballeurs vedettes ni parmi les vedettes du spectacle-, c'est-à-dire les propriétaires et les gros actionnaires des entreprises et des banques, ont une multitude de moyens pour y échapper. Car si le fisc connaît le montant des salaires, grâce notamment aux patrons, il ne connaît les revenus du capital que par ce que ces messieurs les capitalistes veulent bien déclarer.

Comme le dit si bien Hollande lui-même, sa proposition est une mesure surtout symbolique.

Mais les travailleurs menacés de licenciement ou ceux qui ont déjà été poussés au chômage -trois millions officiellement, le double dans la réalité- ont besoin d'autre chose que de symboles.

Ce dont ils ont besoin, c'est que soit garanti l'emploi de ceux qui en ont encore un et que soient créés, par l'État si nécessaire, les emplois utiles qui manquent dans les services publics.

Dans le contexte d'aujourd'hui, la seule justice fiscale serait que la classe capitaliste prenne entièrement en charge le remboursement de la dette de l'État. Cette dette a été faite pour venir au secours des banquiers et des industriels capitalistes. Elle sert pourtant de prétexte pour multiplier les mesures d'austérité contre les classes populaires.

Et comment parler de justice fiscale lorsque le gros des recettes de l'État provient des impôts indirects que sont la TVA et la taxe sur les produits pétroliers ? Ces impôts sont les plus injustes car la taxe prélevée sur une baguette de pain ou un kilo de viande est la même pour un milliardaire et pour un chômeur. Une fiscalité juste commencerait par la suppression des impôts indirects sur tous les produits de consommation courante.

Quant à l'impôt sur le revenu, sa dénomination elle-même est faite pour tromper. Il noie l'imposition des revenus issus des dividendes, des multiples formes de revenus du capital, de la spéculation, dans l'imposition des salaires. L'impôt sur le revenu devrait frapper les seuls revenus du capital, issus de l'exploitation. Pas les salaires !

Bien sûr, les possédants savent déguiser une partie des revenus du capital en s'accordant des salaires faramineux ou en payant grassement leurs hauts cadres. Mais il n'y a rien de commun entre le revenu du PDG, même déguisé en salaire, et les maigres sommes versées aux ouvriers et aux employés en contrepartie de leur exploitation.

Il n'est évidemment pas question, pour aucun des candidats qui ont une chance d'accéder au deuxième tour, de toucher à l'injustice fondamentale de tout le système fiscal en France.

Les électeurs des classes populaires ont toutes les raisons de voter contre Sarkozy. Ils n'ont pas pour autant intérêt à voter pour Hollande en se disant qu'au moins pour la fiscalité, il y a une différence.

Au deuxième tour, où ne resteront en lice que deux candidats, tous deux estampillés par la bourgeoisie, l'électeur qui se méfie des deux ne peut plus voter selon ses convictions. C'est au premier tour que l'on peut exprimer toute son opposition non seulement à l'égard des deux rivaux, mais aussi son hostilité à l'égard des donneurs d'ordre. Seul le vote en faveur de Nathalie Arthaud, candidate communiste, aura cette signification.

Ce vote est également le seul qui permet d'affirmer qu'il est indispensable, face au chômage, d'imposer l'interdiction des licenciements et la répartition du travail entre tous sans diminution de salaire, ainsi que l'augmentation générale des salaires et la garantie de leur pouvoir d'achat par l'indexation sur les hausses de prix.

Imposer ces objectifs se fera dans les luttes mais les urnes permettent à ceux qui les font leurs, de l'exprimer clairement !