Peugeot-Citroën et les autres : ceux qui fabriquent le chômage

Editorial des bulletins d'entreprise
13/06/2011

La CGT vient de rendre public un document interne à la direction du trust Peugeot-Citroën PSA qui prévoit la fermeture de trois usines de PSA à Aulnay et à Madrid, ainsi que Sevelnord à Hordain, gérée en commun avec Fiat. Ce document est révélateur de la façon dont le grand patronat fabrique le chômage. Il l'est aussi de la façon cynique dont il cache ses plans aux travailleurs.

Le projet date de début 2010. Cela signifie que, dans le petit cercle confidentiel des hauts cadres, quelques individus planchaient dessus depuis bien longtemps. Depuis au moins trois ans, février 2009, ont commencé les premiers transferts en fonction d'une future réorganisation, notamment celui du fournisseur de sièges Lear.

L'année d'avant, une des deux lignes de production a été arrêtée à Aulnay. Puis l'usine de Melun a été fermée. A l'usine de Sochaux, le projet est annoncé de fermer le secteur Mécanique avec ses 600 ouvriers.

Peugeot-Citroën est un des trusts les plus riches du pays. Il n'est pas en difficulté. En 2010, le nombre de voitures vendues a battu un record historique. Ses bénéfices en 2010 ont dépassé le milliard, et cumulés depuis 2004, ils ont atteint la somme de 5,72 milliards. C'est pourtant la rentabilité qui a été invoquée pour justifier leur fermeture programmée. De l'argent, il en a pourtant, de quoi payer le PDG 9 000 euros par jour, samedi et dimanche compris !

Faut-il rappeler que, pour aider ces messieurs les actionnaires de l'industrie automobile, au plus fort de la crise, en 2008, l'État a mis la main à la poche ? Il a débloqué trois milliards de prêts pour Peugeot, trois milliards pour Renault. Il a secouru leurs filiales financières. Il a inventé la « prime à la casse » qui lui a coûté plusieurs centaines de millions. Le prétexte invoqué par l'État pour justifier cette générosité était la sauvegarde de l'emploi. La direction de PSA s'était engagée à ne pas fermer de sites en France. Eh bien, au moment même où les dirigeants de Peugeot-Citroën apposaient leur signature sur cette promesse, ils étaient en train de travailler sur la fermeture de trois usines, dont deux en France !

Il y a 4 000 travailleurs sur le seul site d'Aulnay. C'est une des rares grandes usines qui restent sur le département de Seine-Saint-Denis. Sa fermeture serait un drame pour les travailleurs qui seront mis dehors. Mais cela sera aussi une catastrophe pour tous les jeunes de ce département sinistré. Des jeunes qui ont déjà du mal à trouver du travail et qui en trouveront encore moins ! Sans même parler des contrecoups du côté des sous-traitants.

Et, ensuite, on nous fera des discours sur le chômage des jeunes, sur l'insécurité dans la banlieue ! Mais le chômage, ce sont eux qui le fabriquent, les actionnaires, les dirigeants de Peugeot comme leurs semblables d'autres entreprises. La pauvreté, la ghettoïsation des quartiers populaires, l'insécurité, ce sont eux ! Ce sont des irresponsables dangereux.

Rien qu'en répartissant le travail entre tous à l'intérieur même du trust, les emplois seraient préservés. Mais non, le choix fait par PSA, c'est de mettre à la porte plusieurs milliers de travailleurs et de faire travailler encore plus et plus durement ceux qui restent.

Tout cela nous conforte dans l'idée que si, demain, il y a de grandes luttes ouvrières, il faut imposer le contrôle des travailleurs et de la population sur les entreprises et la façon dont elles sont gérées. Il faut lever le secret des affaires sur toutes les décisions, surtout celles qui engagent la vie de milliers de personnes.

Devant le scandale provoqué par la révélation de leur plan secret, les dirigeants de Peugeot-Citroën se sont répandus en déclarations pour affirmer que « le plan n'est pas d'actualité ». C'est la version que le PDG a dû donner au ministre de l'Économie qui l'avait convoqué en urgence. Celui-ci s'est déclaré « rassuré » par la réponse du PDG, relayé le lendemain par Fillon lui-même.

Mais les travailleurs des sites menacés n'ont aucune raison, eux, d'être rassurés. C'est de leur emploi, c'est de leur peau qu'il s'agit. Ce qui se prépare chez Peugeot-Citroën concerne tous les travailleurs, et pas seulement par solidarité. Qui peut savoir dans combien d'autres entreprises et dans combien de conseils d'administration on prépare des plans de licenciements que les patrons dissimulent à leurs travailleurs ?

Alors, oui, la seule réponse contre le fléau du chômage est d'imposer l'interdiction des licenciements et la répartition du travail entre tous sans diminution de salaire !