Ne te demande pas pour qui sera la note : elle sera toujours pour toi !

Editorial des bulletins d'entreprise
24/10/2011

Avec la crise financière, les dirigeants nous ont habitués au spectacle de rencontres au sommet où ils proclamaient régulièrement qu'ils avaient sauvé l'euro, l'Europe, voire le monde entier, pour nous dire la semaine suivante que tout était à recommencer. La fréquence de ces spectacles était d'un par mois. Maintenant, c'est tous les trois jours.

Rien n'est sorti des marchandages entre Sarkozy et Merkel le week-end dernier, si ce n'est une conférence de presse commune sur l'air de « tout va très bien, madame la marquise ».

Pourquoi donc ces marchandages entre les États de la zone euro, tous endettés pour avoir aidé les banquiers et les grands groupes capitalistes à sortir de la crise financière de 2008 ?

C'est que ces messieurs les banquiers, une fois que les États les ont sortis de la mouise, ont trouvé un filon rentable en prêtant de l'argent à ces mêmes États. Pendant plus de deux ans, les banques ont encaissé des intérêts faramineux.

Mais voilà que certains États ont tellement vidé leurs caisses et les poches de leurs citoyens qu'ils ne peuvent plus payer les sommes croissantes exigées par les banques. La Grèce est pratiquement déjà en faillite, l'Espagne et le Portugal, voire l'Italie, pas loin de l'être. Même l'État français commence à être suspecté quant à sa solvabilité.

Tous les dirigeants d'États réunis ce week-end sont d'accord pour sauver la mise aux banquiers. Ils sont d'accord aussi pour faire payer leurs classes populaires. Ils ont déjà commencé à le faire en imposant des politiques d'austérité, plus ou moins graves suivant les pays. Ils se sont partout attaqué aux salaires et aux retraites, ils ont diminué le nombre d'agents de l'État, diminué les protections sociales et augmenté les impôts, surtout ceux qui, comme la TVA, frappent avant tout les classes populaires. Et le seul résultat qui a filtré de leur rencontre du week-end, c'est la décision d'aggraver encore les politiques d'austérité.

Mais l'accord de tous les gouvernements pour faire payer les classes populaires ne répond pas encore à la question : que doit débourser chaque État pour remplir les caisses des banquiers ? La Grèce, étranglée par ses créanciers, ne peut manifestement plus payer, et demain, d'autres pays menacent de devenir insolvables. Alors, ces messieurs les banquiers exigent que les États européens soient collectivement responsables des dettes de chacun d'entre eux.

Les banques françaises ont été les principaux usuriers de la Grèce. Sarkozy, en leur nom, voudrait bien qu'une caisse commune européenne leur assure du crédit bon marché pour les dédommager. Mais l'Allemagne étant le pays le plus riche de la zone euro renâcle : Merkel ne tient pas à prendre dans son budget au-delà d'une certaine limite pour payer les banquiers des autres. Il y a de l'eau dans le gaz du « couple franco-allemand » qui ne marche que tant qu'il s'agit d'imposer la loi de leurs deux bourgeoisies aux pays plus petits d'Europe.

Quel que soit le compromis qu'ils auront choisi, il se fera de nouveau au profit des banques et des groupes financiers derrière lesquels il y a le grand capital. Et l'argent qui ira au grand capital sera pris une fois de plus sur les classes populaires.

Le renforcement des politiques d'austérité qu'ils envisagent poussera encore plus les classes populaires vers la pauvreté, réduira la consommation, augmentera le chômage et aggravera la crise.

L'intérêt de l'écrasante majorité de la société serait d'arrêter de donner de l'argent à fonds perdus aux groupes financiers, d'exproprier les banquiers sans indemnité ni rachat et de centraliser les banques en une seule entité sous le contrôle de la population. Mais cette politique, les dirigeants politiques ne la mèneront pas, dévoués corps et âme qu'ils sont au grand capital.

L'important pour le monde du travail n'est pas de savoir qui, de Sarkozy ou de Merkel, l'emportera dans les marchandages. De toute façon, c'est au monde du travail que la note finale sera présentée.

Les dettes n'ont pas été contractées pour les exploités mais pour la classe privilégiée. Ce n'est pas notre affaire. Ce qui l'est, c'est de défendre nos emplois et nos salaires.

Face au chômage, il nous faudra imposer l'interdiction des licenciements et la répartition du travail entre tous sans diminution de salaire. Face à l'inflation, que les dirigeants préparent désormais ouvertement, il faut imposer l'augmentation générale des salaires et la protection de leur pouvoir d'achat par leur indexation sur les hausses de prix, l'échelle mobile des salaires.