Contre Sarkozy et les privilégiés : opposer un programme fondé sur les intérêts des exploités

Editorial des bulletins d'entreprise
12/03/2012

Le spectacle se voulait grandiose à Villepinte, où Sarkozy tenait son grand meeting. Tous les ministres en rang d'oignons, assaisonnés de quelques vedettes, l'épouse d'un ancien président de la République, 10 TGV, 700 cars : tout était fait pour impressionner l'électorat de droite dont une partie louche un peu trop vers Marine Le Pen. Le langage était adapté à la cible : s'adresser à cette bourgeoisie petite et moyenne qui se cramponne à sa propriété, qui méprise les salariés et qui vote traditionnellement à droite. Le langage de classe suintait de toutes les phrases d'un discours où même les envolées sur la justice sociale transformaient la course à l'argent en mérite et l'enrichissement en preuve de réussite, fût-il acquis par l'exploitation ou la spéculation.

Les travailleurs, en revanche, ont eu droit au mépris à peine déguisé lorsque Sarkozy s'en est pris aux « assistés », aux « fraudeurs aux allocations », de quoi chatouiller agréablement les oreilles de tous les petits patrons réactionnaires pour lesquels les salariés qui ont un travail sont des fainéants, et ceux qui sont au chômage l'ont bien cherché.

Et, évidemment, Sarkozy n'a pas loupé l'occasion de s'en prendre aux travailleurs immigrés. Avec une nouveauté : pour empêcher que leur nombre augmente, Sarkozy a proposé de suspendre les accords de Schengen. Finie, une certaine liberté de circulation des personnes, une des rares retombées positives de l'Union européenne, créée surtout pour favoriser la circulation des marchandises et des capitaux. Voilà Sarkozy prêt à réintroduire les contrôles de passeports aux frontières, même à l'intérieur de l'Europe, afin d'élever un obstacle supplémentaire devant ceux qui viendraient de l'extérieur. Les capitaux pourraient, en revanche, continuer à se déplacer et à se délocaliser librement.

Ce retour en arrière a été complété par des couplets protectionnistes, histoire de faire passer l'idée que ce qui va mal dans l'économie est la faute à l'étranger et qu'il faut s'en protéger.

Les travailleurs doivent d'autant plus rejeter les stupidités proposant le repliement national que tout cela est fait pour les tromper, pour leur faire oublier que les responsables de la crise ne sont pas ailleurs, ni en Europe ni hors de l'Europe, mais ici, à portée de main, à la portée de la colère du monde du travail. Les responsables de la crise, du chômage et des licenciements, c'est la classe capitaliste, ce sont, dans la confrérie mondiale des grands patrons, nos propres patrons et, dans la mafia mondiale des banques, les actionnaires des banques d'ici. Et ce n'est pas parce que la démagogie protectionniste est largement partagée dans la caste politique, de Marine Le Pen jusqu'à Mélenchon en passant par le socialiste Montebourg, que cela la rend meilleure.

Les travailleurs savent à quoi s'en tenir avec Sarkozy, un serviteur du grand patronat et des banquiers. Mais les ennemis ouverts du monde du travail, les candidats de la droite, ont ceci en commun avec les faux amis de gauche, à commencer par Hollande, qu'ils considèrent tous que l'économie capitaliste est la seule possible et que l'intérêt du grand capital est celui de toute la société.

À leur vision, il faut opposer un programme fondé sur les intérêts vitaux des classes exploitées.

Le premier de ces intérêts vitaux pour tous ceux n'ayant que leur travail pour vivre est de préserver leur emploi et leur salaire car, s'ils les perdent, ils perdent tout. L'interdiction des licenciements et la répartition du travail entre tous sans diminution de salaire doit être le premier objectif à imposer. Le grand patronat a largement les moyens de financer le coût du maintien de tous les emplois !

Pour résorber le chômage, il faut aussi que l'État embauche dans tous les services publics, qui fonctionnent de plus en plus mal car on diminue les effectifs. Il faut lui imposer une politique de grands travaux pour construire les logements à portée d'un salaire ouvrier qui manquent aujourd'hui. C'est aux capitalistes de financer tout cela sur les revenus du capital et, au besoin, sur leurs fortunes privées.

Il faut une augmentation générale et conséquente des salaires, des retraites et des pensions, et leur garantie par une indexation automatique sur les hausses de prix.

Pour pouvoir faire taire tous ceux qui prétendent que cela n'est pas possible, il faut imposer la transparence sur les comptes des entreprises.

Ce programme ne pourra être imposé que par les luttes, par la force collective des travailleurs eux-mêmes. Mais cela peut et doit être préparé bien avant que l'heure de la lutte ait sonné. Défendre et populariser ce programme, voilà le sens de la candidature de Nathalie Arthaud. Voter pour sa candidature, c'est voter pour ce programme