Aucune solidarité avec nos exploiteurs

Editorial des bulletins d'entreprise
12/12/2011

Les sommets européens censés se pencher sur le sort de l'euro et de l'Union européenne se succèdent et se répètent. Pas moins d'un par mois en moyenne depuis deux ans.

Sarkozy, qui joue avec Merkel les premiers rôles, nous explique avant l'ouverture de chacune de ces réunions qu'il s'agit de celle de "la dernière chance". Puis le même Sarkozy nous annonce, en prenant des poses, qu'il a dû batailler ferme, des nuits durant, pour imposer aux autres chefs de gouvernement de l'Union européenne un accord qui, enfin, mettrait fin à la tempête financière secouant ce que l'on appelle "les marchés". Mais il suffit d'attendre quelques jours, voire quelques heures, pour que le laborieux échafaudage s'écroule. Et tout est à recommencer. Il en a été ainsi du dernier sommet qui s'est tenu à Bruxelles le 9 décembre dernier.

À quoi peut donc bien servir ce feuilleton à épisodes ? À rassurer les marchés, nous dit-on. Mais ces marchés ou, pour dire les choses plus clairement, les banques et les institutions financières qui orchestrent la spéculation, ne sont nullement inquiets. C'est même en toute sérénité qu'ils organisent, à l'aide d'outils informatiques les plus performants, de logiciels sophistiqués, cette chasse aux profits. Un jour ils spéculent sur les matières premières, y compris les produits alimentaires de toute première nécessité comme le blé ou le riz, quitte à affamer des populations entières. Puis ils jettent leur dévolu sur les monnaies. Actuellement, ils misent sur la dette des États. Sur quoi, demain ?

En fait, ces spéculateurs de haut vol n'ont aucun état d'âme. Pourquoi, du reste, seraient-ils anxieux puisque les États sont là, attentifs, prêts à venir à leur secours au cas où les opérations qu'ils ont engagées tourneraient mal ? Ainsi, par exemple, l'accord dont a accouché le dernier sommet de Bruxelles a pris soin de préciser que les banques n'auraient pas à assumer les dettes souveraines douteuses, c'est-à-dire à prendre à leur charge les dettes d'un État qui ne pourrait plus rembourser ses créances. Une fois de plus, les malfaiteurs n'auront pas à payer les conséquences de leur forfait. Ce n'est pas nouveau. Mais il est significatif que l'un des rares engagements pris par ce sommet a été de réaffirmer que les spéculateurs pourront continuer à s'en donner à cœur joie.

Cette prétendue inquiétude des marchés n'est donc qu'un bobard pour nous faire avaler l'idée que le sort de toute la population serait lié à la prospérité des banques. Ou pour dire les choses crûment, qu'il faudrait que la population laborieuse continue à se serrer la ceinture pour que les banquiers et les industriels, qui participent tout autant à la spéculation en plaçant les milliards qu'ils ont en réserve, continuent à s'enrichir.

Ainsi, les politiciens de droite, de Le Pen à Sarkozy, comme ceux de gauche, tel Hollande, expliquent chacun à leur façon que le sort des travailleurs serait lié à celui de nos exploiteurs et que nous serions embarqués sur un même bateau. Sauf que, sur ce bateau, il y a ceux de l'équipage qui rament pour le faire naviguer, et ceux qui se prélassent sur les ponts des premières classes.

Il nous faut refuser le chantage à cette fausse solidarité, qui signifie l'austérité pour nous et plus de profits pour les exploiteurs. L'urgence, dans cette période, c'est de défendre nos emplois et nos salaires, en luttant pour imposer l'interdiction des licenciements, la répartition du travail entre tous, sans diminution de salaire.

Pour que les salaires ne soit pas écrasés par l'augmentation des prix qui va en s'accélérant, il faut exiger la mise en place de leur indexation sur les prix, l'échelle mobile des salaires.

Il faudra imposer l'abolition des lois qui protègent le secret des affaires, qui camouflent toutes les magouilles des patrons contre les salariés et les consommateurs.

Ces exigences vitales ne se réaliseront pas par le vote, mais par une lutte massive, large, déterminée. C'est cela qu'il faut préparer si nous ne voulons pas être les dindons de leur farce électorale.