Travailleurs de la mer

Sur mer comme à terre, il y a des exploiteurs et des exploités. Il n’y a pas d’intérêt commun entre la famille Saadé et les marins de leurs cargos ou les dockers qui manipulent leurs conteneurs ; rien de commun non plus entre les actionnaires de Scapêche et ceux qui travaillent pour eux, marins ou employés d’Intermarché ; pas plus qu’entre les ouvriers des chantiers de Saint Nazaire et la suite des patrons qui ont vécu sur leur dos, d’Alstom à, aujourd’hui, Fincantieri.  Pas d’intérêt commun non plus entre le petit pêcheur et la grande distribution qui lui achète sa pêche ou la banque auprès de laquelle il s’est endetté.

En mer aussi ce sont les grands groupes capitalistes qui font la pluie et le beau temps. C’est pour eux que les lois sont votées, depuis la gestion des pavillons nationaux jusqu’à la répartition des lignes commerciales, du partage des zones de pêche aux règlementations sur l’embauche des marins. Même la protection des espèces marines et la gestion des zones protégées dépendent, en fait, des intérêts privés de quelques groupes capitalistes.

C’est la vie des travailleurs de la mer qui nous préoccupe. Comme celle de tous les travailleurs, elle est soumise à ce que les capitalistes considèrent comme rentable immédiatement  C’est pourquoi elle est de plus en plus dure, précaire, éreintante.

Fin 2016, l’INSEE a publié une étude sur les salariés des produits de la mer en Normandie, un secteur d’activités qui regroupe la pêche et l’aquaculture en mer, la transformation, la conservation et le commerce du poisson. L’étude a noté une forte dégradation pour les travailleurs de ce secteur depuis les années 1990. Les effectifs ont fortement diminué, la précarité a explosé dans ces métiers où les conditions de travail sont particulièrement pénibles. En effet un quart des salariés doit occuper plusieurs postes dans l’année, avec pour beaucoup, des périodes de chômage. Comme les salaires sont faibles, le résultat c’est qu’un travailleur sur dix ne gagne que moins de 10 000 euros par an soit moins de 830 euros par mois !

Le produit de leur travail sert à engraisser toute une série d’intermédiaires, des marchands en gros et des capitalistes de la grande distribution. Il ne serait que justice que de prendre sur les profits de ces derniers pour assurer un revenu décent aux travailleurs de la mer.