Souffrance animale

 

Des vidéos tournée en cachette dans des abattoirs par l’association L214 ont rendu publiques les conditions d’abattages des bovins, des moutons, des cochons ou des chevaux.

L’objectif de cette association est de dénoncer l’abattage des animaux. Mais ce que montrent aussi ces vidéos, c’est la réalité du travail dans les abattoirs : un travail à la chaîne, déshumanisant, comme il en existe dans de nombreuses entreprises de production de différents secteurs de l’économie ; un travail rendu peut-être encore plus dur et plus violent justement par la souffrance et la mise à mort des animaux. Ce n’est pas ce sur quoi les associations de défense des animaux, ni la presse, ont insisté. Pourtant, toute une partie du problème est là. La situation des animaux dans les élevages et les abattoirs est, comme celle des travailleurs, soumise à la pression du profit capitaliste. Directement dans les abattoirs privés, indirectement dans les abattoirs publics, où elle est contrainte par les économies budgétaires. Et comment pourrait-il en être autrement ? Peut-on imaginer une multinationale de l’agroalimentaire accepter de voir réduire ses profits ou sa part de marché par souci de la souffrance animale ? Peut-on imaginer un gouvernement qui ne cesse de couper dans les budgets publics comme ceux des hôpitaux avec tout ce que cela a de criminel, n’agissant pas de même avec les services vétérinaires responsables du contrôle des abattoirs ? Même du simple point de vue de la souffrance animale, ne pas voir le rôle fondamental que joue cette recherche du profit revient à éluder les vraies causes des maltraitances dénoncées….

La sensibilité à la souffrance animale est un sentiment profondément humain dans tous les sens du terme. C’est celui d’être touché par la souffrance d’autrui, d’être capable d’empathie envers les autres, y compris les animaux. Et ce genre de sentiment altruiste doit pousser à vouloir comprendre le monde actuel dans sa globalité. Car comprendre que l’humanité est aujourd’hui empêtrée dans des contradictions où une infime minorité exploiteuse profite de sa position dominante pour étouffer la société, est la clé de bien des problèmes.

Cette compréhension peut pousser à vouloir agir consciemment pour mener le combat contre le système capitaliste actuel. C’est-à-dire exproprier la classe dominante pour mettre l’économie mondiale au service de tous. C’est le communisme. Ce n’est sûrement pas la solution à tout. Mais c’est le seul moyen pour que l’humanité soit enfin en situation de maîtriser ce qui n’est en définitive rien d’autre que sa propre société, rien d’autre que le fruit de ses propres actions. Et c’est le seul moyen qu’elle puisse enfin gérer consciemment toutes les conséquences de ses actes jusqu’à, par exemple, sa manière de s’alimenter et ses rapports avec le reste du monde animal.

Réponses de Nathalie Arthaud à des courriers reçus pendant la campagne électorale

Madame,

Je tiens tout d’abord à vous dire que le sort réservé aux animaux qu’ils soient sauvages, domestiques ou d’élevage, ne me laisse pas indifférente. Mais je pense qu’il est la conséquence directe du fonctionnement de l’économie capitaliste.

Le développement industriel dans le cadre capitaliste saccage la nature. Parce qu’il ne s’inquiète pas des conséquences éventuelles de ses agissements - en ne voyant pas plus loin que les gros comptes en banque - mais aussi parce qu’il traite les richesses naturelles comme des valeurs marchandes bonnes à créer du profit. Et le monde animal fait partie de ces richesses de la nature.

Bon nombre de problèmes soulevés dans votre « Manifeste sur la condition animale » le sont à juste titre.

Je pense comme vous qu’il n’y a aucune raison rationnelle d’imposer aux animaux d’élevage des souffrances inutiles. Il serait possible de supprimer les conditions scandaleuses d’élevage ou d’abattage (scandaleuses aussi bien pour les animaux que pour les hommes et femmes  qui y travaillent) si le moteur de ces élevages et abattoirs intensifs n’était pas la course au profit à n’importe quel prix. Il en est de même pour ce qui concerne tous les trafics d’animaux de compagnie, de fourrures. Et une économie où la motivation principale est la recherche du profit privé est une économie irrationnelle et cruelle.

Cette société, incapable de supprimer la cruauté et la rapacité de l’exploitation pour les hommes et les femmes à travers le monde est fondamentalement incapable de le faire pour les animaux, même si l’intervention des associations de défense des animaux arrive à freiner les excès les plus visibles.

C’est pourquoi le choix militant que j’ai fait est de combattre ce mode de fonctionnement capitaliste capable d’engendrer  tant de monstruosités. C’est le sens de mon engagement politique fondamental.

Je suis convaincue que c’est en se mobilisant pour contrôler et changer ce système-là que l’on pourra faire reculer toutes les souffrances, y compris animales.

Concernant la corrida ou les combats de coq, j’ai déjà signé la pétition nationale à ce sujet car je pense qu'il n'est pas légitime de se divertir d'un spectacle qui occasionne des sévices aux animaux..

J’aspire par ailleurs à une société dans laquelle les être humains auront d’autres passe-temps que la chasse  (la chasse comme source de subsistance, elle, subsistera tant que les hommes n’auront pas suffisamment à manger dans le monde entier).  L’interdiction de la chasse à courre, loisir cruel de riches oisifs en mal de distraction, me semble justifiée.

Cependant, bien que n’étant pas spécialiste en ce qui concerne l’expérimentation animale, je crois que malgré le développement de méthodes substitutives, l’utilisation des animaux à des fins scientifiques reste à l’heure actuelle incontournable. Il est bien entendu nécessaire d’encadrer les conditions de cette pratique, ce qui existe déjà en France et en Europe et j’estime légitime de la part des associations de pouvoir contrôler les conditions d’application de ces réglementations.

De manière générale, sans rentrer dans le détail de votre manifeste, si parmi des mesures venant en discussion, certaines peuvent améliorer la condition animale, c’est bien volontiers que je les soutiendrai à défaut de les voter puisque je ne suis pas élue au parlement.

Bien cordialement,

Nathalie Arthaud