Questions-réponses

Réponses de Nathalie Arthaud à des courriers reçus pendant la campagne électorale

Association qui défend les droits des accidentés de la vie, 

des victimes d'accidents au travail ou de maladies professionnelles et de leurs familles.

 

Arnaud de Broca de la FNATH regrette que la question des accidents du travail et des maladies professionnelles soit absente de la campagne électorale. Alors que les accidents du travail, les maladies professionnelles, l’augmentation des rythmes de travail au point de craquer, sont des sujets qui parlent à tout le monde, ils ne sont pas évoqués publiquement dans cette campagne.

La majorité des interventions de la FNATH sont juridiques (avec l’Andeva pour l’amiante), contre les employeurs mais aussi vis à vis les CPAM qui font de plus en plus appel des décisions favorables aux salariés, ce qui n’existait pas auparavant. Toutes les pressions, des employeurs et de la Sécu vont dans le même sens. Le résultat c’est une sous-déclaration des accidents officiellement reconnue. 

Autre fait observé ces dernières années : la double peine. L’accident du travail conduit au licenciement pour inaptitude. Selon une enquête de 2012 faite auprès des adhérents de la FNATH 55 % des travailleurs concernés ont été licenciés pour inaptitude ou ont subi une perte de salaire. Et après le licenciement les travailleurs se retrouvent souvent en fin de droit à toucher une aide sociale.

La Fnath dénonce ce transfert de la charge des AT/MP à la collectivité et compare cette situation à celle des accidents de la route. Pour ceux-ci l’indemnisation est intégrale y compris lorsqu’il est nécessaire de payer une tierce personne lors d’un très lourd handicap. C’est pourquoi la FNATH réclame que la loi de 1898 qui régit le système AT/MP soit revue (elle constituait un progrès à la fin du 19e siècle quand c’était « Zola ») et remplacée par un système assurantiel qui faciliterait l’indemnisation. 

L’autre demande concerne les maladies professionnelles. Elles sont reconnues si elles sont désignées dans un tableau officiel, si elles entraînent le décès du salarié, ou une incapacité permanente d'au moins 25%. La FNATH remet en cause ce seuil de 25 % qui écarte de nombreux travailleurs. Pour ceux-ci le choix est soit de continuer à travailler malgré la souffrance, soit l’arrêt maladie, le licenciement pour inaptitude puis le chômage, le RSA ou l’attribution d’une allocation aux adultes handicapés (AAH).

Par ailleurs les « petits » taux, inférieurs à 10 %, concernant beaucoup les TMS (troubles musculo-squelettiques) devraient être indemnisés par une rente, alors qu’on ne verse qu’un capital de 4000 € ! Pourtant la maladie existe et empêche souvent de continuer son travail. C’est alors l’assurance maladie qui prend le relai.

La prise en charge des aides humaines pour les travailleurs lourdement accidentés est difficilement acceptée et prise en charge. Ce transfert des charges ci-dessus vers la collectivité, avec la sous-déclaration des AT/MP, explique les excédents financiers de la branche AT/MP qui servent à réduire les cotisations patronales au lieu de permettre de meilleures indemnisations.

Quant à l’assurance maladie, elle paie à la place du patronat. C’est officiellement reconnu puisqu’une commission se tient tous les trois ans pour déterminer quelle compensation doit être demandée : de 400 millions au début, elle est passée aujourd’hui à 1 milliard d’euros.

Concernant la pénibilité et le compte pénibilité qui vient d’être mis en place – et qui risque de disparaître avec le prochain élu – la Fnath demande que soit mis en place un système identique à l’allocation amiante. Cela permettrait un départ en retraite anticipé en fonction de la durée d’exposition à la pénibilité.

 

A Lutte ouvrière nous sommes bien entendu solidaires de l’activité de la FNATH. Nos camarades d’entreprise sont bien placés pour voir comment le patronat tente de dissimuler les accidents, comment il supprime les postes, comment il rogne sur les pauses, à quel point des cadences sont accrues. Les maladies professionnelles, voire d’accidents du travail sont directement liés à cette dégradation.

Dans ce domaine, la FNATH intervient bien souvent davantage que les directions syndicales qui se défaussent au nom de « la défense de l’emploi », ou de la défense des « intérêts » de l’entreprise. Le cas de l’amiante est flagrant. Le drame d’AZF et de Total le prouve aussi de façon éclatante. Cet exemple montre que si la défense de l'environnement est réclamée par tous les partis qui défendent l'ordre social actuel, leurs préoccupations montent leur profonde indifférence vis-à-vis des travailleurs, qui sont les victimes en première ligne de ces dangers.

Nous disons que le patronat doit intégralement indemniser les accidentés du travail et les victimes de maladies professionnelles : les salaires doivent être maintenus sans limitation de durée, l’appareillage et le recours à une tierce en cas de handicap doivent être intégralement pris en charge. Pas un seul travailleur ne doit être, comme actuellement, mis à la porte et condamné au chômage pour inaptitude à la suite d’un accident ou d’une maladie professionnelle.

Comme l’exploitation dont ils font partie, les risques d’être blessé, rendu malade ou tué au travail, ne reculeront qu’en inversant le rapport de force entre l’ensemble des travailleurs et le monde capitaliste.

 
Bien qu’étant favorables à l’union libre, nous étions pour que les homosexuels aient le droit de se marier avant que la loi ne règle la question.

Nous ne sommes pas opposés à la parentalité pour les couples de même sexe.

Nous sommes contre le fait que que l’orientation sexuelle soit mentionnée dans les critères ouvrant droit au statut de réfugié.

Nous sommes pour lutter contre les propos homophobes et transphobes sur Internet, comme dans les lieux de travail, de vie scolaire et dans la rue. Mais là aussi l’éducation dès l’enfance à l’école et ensuite en secondaire serait nécessaire si nous voulons avancer.

Nous sommes pour que les lesbiennes aient leur santé aussi bien protégée que les gays et les hétérosexuels, mais le problème est que pour toute la population il existe de plus en plus une santé à deux vitesses et que les plus pauvres hésitent à se faire soigner et même à se faire dépister étant donné les remboursements de plus en plus faibles de la sécurité sociale et l’absence de mutuelles pour de nombreuses personnes quelle que soit leur orientation sexuelle.

Nous sommes pour que dans les entreprises il y ait une sensibilisation aux discriminations dont sont victimes les LGBT au travail, mais quand on voit dans bon nombre d’entreprises comment les patrons ne respectent même pas le code du travail, ou bien n’appliquent pas les lois d’embauches pour les handicapés ou d’égalité des salaires, nous doutons qu’il faille compter sur les employeurs, ou de façon très marginale, pour en finir avec ces discriminations.

Nous nous félicitons que la transsexualité ait été retirée des maladies mentales et de façon générale nous soutenons toutes les propositions permettant de donner les mêmes droits à tous.

 

Je prends acte que vous affirmez construire dès maintenant dans la  6ème circonscription de l’Hérault une candidature que vous qualifiez  « de rassemblement » et  qui se veut la seule alternative au libéralisme, parce que vous estimez qu’encore  plus qu’ailleurs, à Béziers il y a besoin d’une réponse la plus unitaire possible, dans le cadre des prochaines élections législatives.

Vous regrettez que « cet esprit de rassemblement n’ait pas prévalu à la présidentielle. Vous en déplorez « la personnification à outrance et le recours à l’homme providentiel », sentiment que je peux partager.

Mais je ne pense pas que ce que vous appelez « esprit de rassemblement » doive être l’axe des campagnes politiques dans les cadres électoraux. Pour ma part, je souhaite au contraire que ma candidature permette aux électeurs du camp des travailleurs de s’exprimer de la façon la plus claire et la plus dépourvue d’ambigüité, sur un programme de défense des intérêts du monde du travail et de l’idée que ces intérêts ne pourront être imposés à la classe capitaliste que par la lutte de classe et non en comptant sur des élus providentiels, pas plus députés que président d’ailleurs.

Les partis de gauche de ce pays ont pratiqué plusieurs décennies de ces alliances et marchandages électoraux (programme commun, union de la gauche, candidats uniques de la gauche, gauche plurielle…). Si elles ont permis à de nombreux représentants de ces partis d’accéder à tous les échelons du pouvoir et de la représentation élective, c’est aussi  ce qui a abouti  au champ de ruines qu’on peut voir aujourd’hui en ce qui concerne la démoralisation de la classe ouvrière , le retour des préjugés les plus réactionnaires, le recul de la conscience de classe et de la confiance du monde du travail dans ses propres forces, qui en amène parmi eux certains à se tourner vers leurs pires ennemis .

Je ne revendique pas ce bilan politique, c’est pourquoi l’objectif de ma candidature et de celles de mes camarades aux législatives qui suivront, c’est au contraire de tout faire pour que s’exprime en toute autonomie le camp des travailleurs, pour renforcer la perspective de  construction d’un parti de classe, qui s’oppose résolument à l’exploitation capitaliste (et pas seulement à ses avatars dénommés libéralisme, ultra,ou social, ou pas).

Par contre, je ne doute pas que les menées profondément réactionnaires du maire de Béziers suscitent oppositions, protestations   et révoltes, et je souhaite qu’elles se renforcent. Elles peuvent et elles pourront réunir des courants politiques divers, par-delà leurs divergences, comme le mouvement contre la loi-travail l’a fait. C’est à ce niveau-là, dans la rue, dans les manifestations, dans les grèves, que je pense nécessaires le rassemblement et  l’unité la plus large de tous les travailleurs (et chômeurs et retraités bien sûr), derrière un même objectif de lutte ou pour riposter aux attaques. Ce sont ces luttes que je souhaite nombreuses et victorieuses, comme vous, pour l’avenir proche, à Béziers comme ailleurs.

Je suis solidaire des luttes menées pour diminuer le nombre de victimes de la route et je pense qu’une politique de sécurité routière digne de ce nom doit absolument être menée par les pouvoirs publics. Cela demande des moyens humains et financiers pour développer des infrastructures plus sûres, pour éduquer et sensibiliser les conducteurs, moyens que le gouvernement se refuse à consacrer pour les mêmes raisons d’économie qui l’amène à négliger bien des questions de santé publique.

En outre, la lutte pour faire reculer la mortalité sur les routes se heurte, dans bien des domaines, à de puissants intérêts privés – groupes de pression hostiles à la limitation de la publicité pour les boissons alcoolisés, constructeurs automobiles… - qui trouvent souvent bien des relais dans les sommets de l’État.

Parmi les problèmes que j’ai déjà eu l’occasion d’aborder, voici quelques éléments de réponse :

•       Je pense qu'il est juste de limiter la vitesse, en particulier dans les villes et sur les routes départementales. Il est également juste de lutter contre les franchissements de carrefours aux feus rouges. La lutte contre l'alcoolisme doit continuer à être menée. Pour la somnolence au volant, outre le respect des pauses, des moyens techniques d'avertissement, devraient systématiquement être mis au point sur les voitures.

•       Parmi les problèmes qui pourraient être réglés et qui limiteraient le risque de conduite sans permis, figure la prise charge par l’Etat pour les jeunes - en particulier les plus défavorisés -  du coût du permis de conduire.

•       Les amendes qui sanctionnent le stationnement font souvent payer à des millions de personnes l’absence d’une véritable politique de l’État pour résoudre le problème du stationnement dans les grandes villes. Il est notamment de la responsabilité de l’État de développer un réseau de transport en commun permettant d’éviter aux salariés qui le souhaiteraient de prendre leur voiture pour aller travailler.

•       Je pense qu'il n'est pas normal que l'Etat - qui perçoit des taxes sur les carburants - ne prenne pas en charge l'entretien des routes. Les collectivités locales n'ont pas les moyens de le faire correctement, ce qui est une catastrophe pour les routes départementales.

Quant aux sociétés d'autoroutes, elles gagnent suffisamment d'argent pour assurer elles-mêmes le financement de nouveaux tronçons.

•       Il faut instaurer un contrôle de la population sur les finances des grandes entreprises automobiles et de leurs sous-traitants (fabricants de pièces détachées par exemple) et diminuer les coûts excessifs des réparations.

A Georges Gastaud, président du CO.U.R.R.I.E.L.

Le 19/12/2016

Si le constat que vous faites de la suprématie  de la langue anglaise dans le monde me semble refléter la réalité, en tant que communiste et internationaliste, je ne peux partager   le degré d’indignation que vous inspire ce que vous appelez « l’humiliation » infligée à la langue française.

D’ ailleurs, vous admettrez sans doute que d’un point de vue matérialiste, la prédominance d’une langue  ne fait que refléter la prédominance économique de la bourgeoisie qui l’utilise. Ainsi le français de la France esclavagiste du XVIIIème siècle était la langue de la diplomatie de toute l’Europe d’Ancien Régime.  Ainsi l’étendue actuelle de la « francophonie » recouvre presque exactement  les  territoires pillés et ravagés par l’impérialisme colonial français. C’est aujourd’hui incontestablement l’impérialisme des Etats-Unis, anglophone donc, qui domine l’économie mondiale, et ce depuis pratiquement un siècle. Ses vecteurs, la puissance de ses capacités d’exploitation et de production y compris militaires, de sa monnaie sont  à mon sens immensément plus nuisibles  à l’humanité que le fait qu’il  utilise une langue comprise et pratiqué e sur tous les continents.

Et si la bourgeoisie en France a  fait  en son temps oeuvre révolutionnaire, notamment par l’instauration d’un régime républicain et les mesures d’unification administrative et linguistique qu’elle a envisagées en conquérant le pouvoir à la fin du XVIIIème siècle, je considère que ce rôle-là est révolu depuis bien longtemps. Je ne pense pas que les nations, ni les régimes « républicains », en France comme ailleurs, peuvent représenter aujourd’hui les intérêts les classes exploitées, mais qu’ils sont au contraire la forme actuelle  du maintien de la domination de la classe bourgeoise devenue réactionnaire et parasite. Et justement je consacrerai ma campagne à tenter de faire valoir les intérêts de classe du monde du travail, et notamment ses intérêts communs, par-delà les frontières, quelles que soient ses origines… et les langues  qu’il parle. Et je souhaite qu’il trouve un jour la force de renverser cette domination impérialiste, américaine, et européenne, et française pour bâtir une société réellement communiste.

Cela dit ,  je peux vous rejoindre lorsque vous dénoncez la dégradation des conditions actuelles d’enseignement, notamment du français. Je pense aussi que nombre de jeunes  ne peuvent pas   apprendre à s’exprimer correctement à l’oral comme à l’écrit, faute de moyens suffisants consacrés par l’Éducation nationale. C’est pourquoi je soutiens et participe à toutes les luttes qui vont dans le sens de créer plus de postes et de permettre  de meilleures conditions d’enseignement, du français comme de toute  la culture, en particulier pour les jeunes des classes populaires.

Avec mes salutations communistes

 

Nathalie Arthaud

Paris, le 8 mars 2017

EUROPE DEMOCRATIE ESPERANTO

Pierre Dieumegard

Monsieur,

J’ai bien reçu votre courrier dans lequel vous me demandez ce que je pense des conclusions du rapport Grin de 2005 et quelle pourrait être ma politique linguistique si j’étais élue.

Je tiens tout d’abord à vous dire que je ne serai pas élue et que, si je me présente, c’est pour populariser un programme de lutte dont le monde du travail a besoin pour cesser de subir les conséquences de la crise économique.

Cela-dit, je comprends et je partage cette volonté de rapprocher les hommes, qui anime ceux qui militent aujourd’hui pour l’adoption de l’Espéranto. Je pense cependant qu’on ne peut imposer l’usage d’une langue artificiellement. Chaque langue est le fruit du brassage de populations et de leurs langages au gré de l’histoire. Ce sont les évolutions historiques et la vie sociale qui décident de l’avenir de chaque langue... ou de sa mort.

Si l’anglais s’est imposé comme langue aujourd’hui dominante, c’est le résultat de la domination économique de l’Angleterre d’abord, puis des Etats-Unis. Le paradoxe de cette domination, comme d’autres dans le passé, c’est que la langue de ceux qui dominent, qui oppriment, peut aussi devenir le vecteur de la communication entre les opprimés et donc du rapprochement international des peuples.

Je ne sais pas comment les hommes résoudront le problème de la langue dans la société à laquelle j’aspire, égalitaire, débarrassée de l’exploitation et des frontières, connaissant un haut niveau de développement, en particulier sur le plan culturel.

Aussi, sans préjuger de l’avenir des différentes langues et de leurs rôles respectifs, je souhaite que tout un chacun ait un accès suffisant à l’éducation et à la culture pour avoir la capacité de parler plusieurs langues et d’accéder à plusieurs cultures. Si chacun savait parler cinq ou six langues, l’intercommunication ne poserait plus de problème majeur.

Quant au débat démocratique au sein de l’Union Européenne, c’est une question bien réelle, mais qui ne pourra être réglée par le seul truchement d’une langue commune. Vous n’êtes pas sans ignorer que, malgré l’existence des traités européens, il n’y a jamais eu autant de frontières entre les peuples, qui sont autant de moyens de les diviser, même quand d’un côté et de l’autre de la frontière, c’est la même langue qui est parlée. Et, lors de la crise migratoire vécue par les populations du Moyen Orient qui fuient la guerre et la misère, nous avons vu avec quelle rapidité des frontières, prétendument abolies, étaient rétablies pour empêcher la libre circulation des personnes.

Cette Europe pour laquelle vous souhaitez un débat démocratique, est dominée par les États les plus puissants, à commencer par l’Allemagne et la France, qui imposent aux autres pays leur domination et leurs lois tout en ayant  elles-mêmes parfois des intérêts contradictoires. Il en est ainsi dans le système capitaliste : même dans les pays qui se disent démocratiques, la loi avalise dans les faits la domination des puissants. Aussi, dans un tel contexte, la démocratie n’est que formelle. J’en prends pour exemple, la question du Traité constitutionnel en 2005. Bien que rejeté par nombre d’électeurs, il a tout de même été adopté par les différents gouvernements. Ce mépris du vote, de l’opinion des électeurs est révélateur d’une Europe où ce sont les pays les plus puissants qui dominent les relations commerciales et les décisions politiques qui sont prises et imposées aux pays les plus pauvres.

C’est pourquoi, en tant que communiste et internationaliste, je défends le combat pour une société débarrassée de la domination des plus riches et des frontières qui divisent les peuples.

Recevez, Monsieur, mes salutations internationalistes.

Nathalie ARTHAUD

28 février 2017

 

 

 

G.E.S.

Patrick Guillot

23b allée des Platanes

60500 BRON

 

Cher Monsieur,

 J’ai bien reçu votre lettre traitant de la condition paternelle et l’égalité parentale qui devrait exister.

Votre demande est de bon sens.  Des relations humaines normales, équilibrées, égalitaires  devraient exister entre hommes et femmes, entre les membres d’une même famille, entre les parents et les enfants. Qu’il s’agisse de parité, d’égalité des droits, de la responsabilité parentale du côté du père ou de la mère, tout va a priori de soi. Mais nous ne vivons pas dans une société théorique.

En 2011, on comptait en France 1,5 million de familles monoparentales  (c'est-à-dire avec un seul adulte) avec au moins un enfant de moins de 25 ans. Dans 85 % des cas, ces familles monoparentales sont composées d’une mère avec un ou plusieurs enfants. Cela signifie que la mère s’est soit retrouvée seule lors de la grossesse, soit que le père à été défaillant, le conjoint étant décédé pour 6 % des cas.

Vous dites que la garde de l’enfant est attribuée à la mère en cas de désaccord sur la garde dans le couple. D’après une étude de 2015 effectuée par l’Insee, tous types de procédures confondues, 83 % des parents sont parvenus à un accord sur le mode de résidence. Dans la quasi-totalité des cas, le juge entérine alors le choix des parents, qui est dans 74% des cas une résidence unique chez la mère avec l’accord du père, dans 6% des cas une résidence unique chez le père, dans 18% des cas une résidence alternée.

La résidence alternée a d’ailleurs doublé en dix ans, ce dont je me réjouis.

Des associations comme la votre dénoncent la souffrance de pères qui sont déchirés par la mise à l’écart de leurs enfants ou victimes de dénonciations calomnieuses. Comme vous, ces abus me révoltent.  Mais je ne pense pas que c’est dû au fait que « les juges seraient toujours du côté de la mère » en termes de garde d’enfants.

Car dans notre société, si la charge des enfants incombe de fait aux femmes c’est parce que toute l’organisation sociale le veut. Ce sont les femmes qui sacrifient majoritairement leur carrière professionnelle, se mettent à travailler à temps partiel pour être davantage disponible. Sans compter toutes ces femmes qui consacrent tout leur temps au travail domestique au sein de la famille. Le poids de la famille pèse toujours sur les femmes, par consentement social, avec l’accord de la majorité des hommes qui, soit pensent que c’est dans l’ordre des choses, soit ne se voient pas « sacrifier » une carrière pour s’occuper des enfants. C’est ce qui explique le choix de la résidence chez la mère « par consentement mutuel », surtout lorsque les enfants sont en bas âge.

Alors, bien sûr, certains pères ont une autre conception et c’est tant mieux. Tant mieux si nombre d’entre eux sont prêts à s’occuper des enfants dès leur plus jeune âge. Et pour que ce soit réalisable pratiquement je suis comme vous favorable à l’allongement du congé paternité.

Car, j’aspire à une société où les relations seront égalitaires, où l’exploitation d’un sexe par l’autre, l’exploitation d’une classe sociale par une autre auront disparu et laisseront la place à des relations harmonieuses entre les êtres humains.

Cette société est à construire, c’est ce pour quoi je me bats. Mais la situation actuelle repose sur une inégalité profonde où les femmes sont encore, malheureusement, les premières victimes.

Avec mes sincères salutations.

Nathalie ARTHAUD