Mondialisation et internationalisme

Lutte Ouvrière se revendique de l’internationalisme. Le capitalisme s’est développé à l’échelle internationale, étendant le marché et la division internationale du travail au niveau mondial. De ce fait, la classe ouvrière sur laquelle repose l’exploitation capitaliste est une classe internationale.

La classe ouvrière a les mêmes intérêts, à l’échelle du monde, opposés à ceux de la bourgeoisie, à commencer par celle de son propre pays. La « patrie » que les classes dominantes voudraient nous voir vénérer résulte, dans bien des cas, de marchandages sanglants, de spoliations éhontées, faits sur le dos des peuples. Les frontières restent indispensables à la bourgeoisie parce que les États lui servent d’instruments politiques pour défendre ses intérêts. « Les prolétaires nont pas de patrie », constatait déjà le Manifeste du Parti Communiste écrit par Marx et Engels à la veille de la révolution de 1848. L’internationalisme prolétarien repose sur l’idée fondamentale que le prolétariat ne peut s’émanciper, renverser définitivement le pouvoir de la bourgeoisie et réorganiser l’économie qu’à l’échelle internationale.

C’est d’autant plus vrai aujourd’hui. A l’heure où le capitalisme domine le monde entier, il est nécessaire de construire une société supérieure, égalitaire, sur d’autres bases que celles du marché et de la course au profit. Une telle société socialiste ne peut exister qu’à l’échelle de la planète.

Sous le règne du capital, la mondialisation signifie la domination, sur la planète, des grandes puissances et de leurs capitaux, c’est-à-dire de l’impérialisme. Celui-ci impose à tous les pays pauvres une véritable dictature économique et, la plupart du temps, des régimes corrompus et dictatoriaux. Les courants nationalistes des pays pauvres veulent, au mieux, desserrer l’étau des grandes puissances. Mais les peuples opprimés ne peuvent s’émanciper de l’emprise politique directe de l’impérialisme, et de son emprise économique que par la destruction du système impérialiste dans son ensemble, c’est-à-dire par le renversement de l’organisation de l’économie capitaliste à l’échelle de la planète : la révolution mondiale.

 

Lors de cette rencontre nous avons échangé sur l’aide au développement et son usage.

Les militants de ACF sont particulièrement inquiets devant les choix faits par les gouvernements successifs année après année. Effectivement une part de 0,7% du PNB est censée être consacrée à cette urgence. Cela est déjà une somme particulièrement modeste mais en réalité la France n’en verse pas la totalité mais uniquement 0.42% du PNB.

Par ailleurs, le terme d’aide laisse à penser que cette somme est donnée mais en fait la plus grande part est prêtée. Seul un quart de l’aide est versé sous forme de dons. Voilà qui contredit l’idée qu’en France on s’occuperait trop de la misère des autres pays en oubliant de régler celle vécue ici. En réalité l’État ne s’occupent ni de la misère en France ni de celles qui règnent dans les pays les plus pauvres.

Nous partageons l’indignation des militants d’Action Contre la Faim d’autant plus que la France a colonisé, pillé une partie du monde où sévit la faim et qu’elle continue encore à y défendre ses intérêts au mépris des populations. En revanche, elle rechigne à verser ne serait-ce que ces 0.7% du PNB !

Un des objectifs d’ACF - obtenir qu’au moins 50% de l’aide soit donnée sous forme de don - est un strict minimum que nous soutenons.

Cette aide bien que très faible est de plus détournée. Les États donateurs justifient une baisse des sommes par les dépenses occasionnées par l'accueil des migrants. Et comme si cela ne suffisait pas,le périmètre de l’aide au développement par l’OCDE est en discussion. Il envisage de permettre d’autoriser d'en déduire des dépenses militaires pour les soit-disant opérations de maintien de l'ordre. 

La hargne des pays riches montre que ce système ne peut être humanisé. Il ne peut qu’être renversé.

Les conférences internationales sur « le développement et la lutte contre la pauvreté » succèdent aux rapports, forums et discours, pourtant la richesse des plus riches augmente au détriment de celle des plus pauvres. D’après l’Oxfam, huit milliardaires possèdent autant que la moitié de l’humanité. En 2014, 80 personnes se partageaient 1900 milliards de dollars (600 milliards de plus en 4 ans) alors que 3,5 milliards de personnes les moins riches devaient vivre avec ce même budget.

C’est après ce constat, le même que le vôtre, que j’aborde les problèmes que vous soulevez.

•       Partager justement les richesses pour mettre fin à la pauvreté dans le monde ?

Toujours d’après l’Oxfam, en 2015 la concentration des richesses s’est accrue au point que 62 personnes en arrivent à posséder 50 % des richesses mondiales en 2015.

Vous proposez que les Etats « encadrent » ce système ? Je ne pense pas que les États puissent moraliser ce fonctionnement. D'une part les gouvernements sont bien incapables de décider, et plus encore de faire appliquer des lois qui heurtent les intérêts des grands groupes. Malgré toutes les déclarations de tous les gouvernements contre le pouvoir et les dérives de la finance après la crise de 2008, quelles mesures contraignantes et efficaces ont-ils prises ? Aucune !

Vous proposez également des impôts « plus justes ». Mais en France, les classes populaires en paient la part la plus écrasante. L’impôt sur les sociétés, payé par les capitalistes, ne représentait pas plus de 15 % du total des impôts perçus par l’État en 2015, contre 20 % pour l’impôt sur le revenu et surtout 50 % pour la TVA, l’impôt le plus injuste qui soit !

En ce qui concerne l’aide au « développement », l’Agence française pour le développement, principal distributeur de l’aide, ne consacre que 9 % de son budget à la santé et l’éducation et 2 % à la sécurité alimentaire. L’essentiel va aux infrastructures, sans que l’on puisse distinguer ce qui peut être utile à la population et ce qui servira à transporter le minerai d’Areva avec la logistique de sociétés du groupe Bolloré jusqu’aux ports gérés par le même Bolloré.

•       Justice climatique et solidarité alimentaire ?

Ce sont les plus déshérités qui seront les premières victimes du réchauffement climatique. Ainsi, au printemps 2015, une vague de chaleur a tué plusieurs milliers de personnes en Inde et au Pakistan essentiellement des pauvres qui n'avaient pas de climatisation.

Selon la revue scientifique The Lancet, les conséquences du réchauffement climatique sur la production alimentaire pourraient provoquer 500000 décès supplémentaires, notamment en Asie et dans le Pacifique d'ici 2050. Et ce alors que près d’un milliard d’habitants souffrent de la faim aujourd’hui dans le monde. Quand on voit avec quelle inhumanité sont traités les migrants actuels on peut s'inquiéter de ce qu'il adviendra des populations obligées à fuir de chez elles.

Aussi, espérer combattre ce fléau dans le cadre de ce système capitaliste  irresponsable est une utopie. Car les conférences comme la COP21 en 2015, COP22 en 2016, ont un caractère dérisoire. Les partenaires économiques des conférences sur le climat, dont certains ont d'ailleurs de gros intérêts dans les énergies fossiles, sont essentiellement préoccupés de se positionner sur un marché en devenir et pour lequel la conférence représente une excellente vitrine publicitaire. Car on peut faire de l'argent en polluant, en exploitant les travailleurs mais aussi en se faisant passer pour écolo-responsable et innovant.

Aussi, toutes les solutions mises en avant par les chercheurs et les associations resteront lettre morte tant qu'une poignée d'industriels et de financiers imposera son diktat a toute la société dans le seul but de privilégier leurs intérêts privés. En effet, une économie marquée par la concurrence et le fonctionnement anarchique de la production n'est pas et ne peut pas être respectueuse de l'environnement et de la biodiversité, pas plus qu'elle ne l'est et ne peut l'être des hommes et des femmes qui y vivent.

•       Faire respecter les droits humains en France comme dans les pays du Sud ?

•       Les migrants

Le flot croissant de femmes, enfants et hommes contraints de fuir leur pays, chassés par les guerres ou tout simplement par la misère et la famine, est une des expressions du retour de la société vers la barbarie qui s’affirme par ces camps infâmes où l’on enferme femmes, hommes, enfants par dizaines de milliers, comme s’ils étaient des criminels.

Gauche et droite expliquent que la France ne peut plus accueillir de migrants. 1,3 million d’entre eux auraient gagné l’Europe en 2015. Mais l’Union européenne compte 510 millions d’habitants ! Et il est mensonger de dire que la France, un des pays les plus riches au monde, ne peut accueillir quelques dizaines de milliers de réfugiés. Par le passé, du million de pieds-noirs après la guerre d’Algérie aux 120 000 boat-people vietnamiens et cambodgiens en 1979, des arrivées massives n’ont pas posé de problème réel.

Alors, je pense que les travailleurs doivent les intégrer fraternellement les migrants dans leurs rangs. Nos ancêtres sont italiens ou polonais, venus produire le charbon et l’acier dans l’entre-deux-guerres. Ils sont maghrébins ou africains, venus pour les chantiers et les usines dans les années 1960 ou 1970. Des pays entiers, comme les États-Unis ou le Canada, se sont construits par l’immigration. Face à ces brassages, le mouvement ouvrier, à l’époque où il était encore socialiste puis communiste, a refusé d’opposer les travailleurs les uns aux autres, sur la base de leur nationalité, de leur religion ou de leur couleur de peau. À nous d’en faire autant aujourd’hui.

•       Obliger les multinationales à respecter les droits humains ?

La « régulation » des multinationales est aussi utopique que la « régulation » de l'économie capitaliste, si on se prosterne devant la loi du profit. C'est un système lié à la domination de la bourgeoisie sur la société.  Ce système ne peut être régulé, ou humanisé. On ne peut que le renverser pour l'empêcher de nuire davantage.

•        Réguler les abus de pouvoir, garantir le droit des femmes dans les pays du Sud ?

Depuis des dizaines d’années, voire plus avec la période de la colonisation, la politique africaine de la France est une politique de pillage des richesses, de division des peuples et d’interventions militaires pour y défendre les intérêts politiques et économiques des industriels et banquiers français.

Et l’oppression que subissent les populations locales, comme l’oppression des femmes, est exercée avec la complicité du gouvernement français. Les hommes politiques français, de droite comme de gauche, n’ont jamais hésité à soutenir les dictateurs africains, car pour les dirigeants français, ce qui prime c’est de contrôler les anciennes colonies pour le plus grand profit de Total, Bolloré, Bouygues, Eramet…  Alors, attendre de ces gouvernants qu’ils luttent pour les droits et contre les abus de pouvoir, est illusoire.

Pour conclure, nous ne sommes pas condamnés à cette dictature du profit et de la guerre économique que se livrent quelques poignées des grandes entreprises qui mènent l’humanité vers une gigantesque marche arrière. Car cette course au profit draine derrière elle les guerres, les interventions militaires, les foyers de guerre civile, le chauvinisme, la xénophobie.

Pour que les peuples des pays pauvres se libèrent, il faudra briser la source de cette domination c’est-à-dire la propriété privée des moyens de production qui a conduit à la formation des grandes multinationales, et mettre ainsi fin à la mainmise de quelques États impérialistes sur la planète.

L’humanité a les moyens de mettre en commun les moyens de production. C’est le sens profond du mot communisme,  mot qui a été dénaturé et transformé en son contraire et auquel il faut rendre sa véritable signification : organiser collectivement les moyens de production, en décidant ensemble à l’échelle de la planète ce que l’on produit ou pas, en répartissant les richesses.

C’est pourquoi je mène un combat qui vise à faire en sorte que la société maîtrise toute sa vie collective et que les choix entre les différentes options de production, en particulier alimentaire, puissent être des choix conscients, réfléchis, de la collectivité, et pas le choix de groupes industriels et financiers en fonction de leurs seuls espoirs de profits.

Nous avons rencontré les responsables de l’association Amnesty international le vendredi 10 mars pour un échange de vue principalement sur trois thèmes. 

Tout d’abord sur l’état d’urgence, nous avons affirmé notre accord avec la position d’Amnesty international et notre soutien à leurs actions. Effectivement, l’état d’urgence voté dans la précipitation après les attentats du 13 novembre 2015 et prolongé cinq fois depuis, est inefficace contre le terrorisme mais il est le prétexte à des arrestations arbitraires, des atteintes contre la liberté d’opinion, la liberté de manifester. L’état d’urgence favorise les violences policières, le délit de faciès. Le gouvernement a ajouté récemment une loi sur la légitime défense qui est un signal d’impunité pour les policiers. 

Dans ce contexte, nous ne comptons pas sur les gouvernements, et pas plus sur le futur gouvernement qui sortira des urnes en juin, pour réformer la police. Celle-ci et les forces de répression ont pour principale mission le maintien de l’ordre dans cette société injuste et profondément inégalitaire. Elles sont formées à être une force anti pauvre. 

Pour autant toutes les initiatives contre l’arbitraire des forces de l’ordre, pour un meilleur respect des droits de la population ou contre l’état d’urgence sont indispensables pour contrecarrer cette dérive dans le sens d’un État toujours plus autoritaire. 

Nous avons indiqué que nous participerons aussi à la manifestation de protestation contre les violences policières le 19 mars à laquelle Amnesty international appelle. 

Le deuxième thème portait sur la campagne menée depuis un peu plus d’une dizaine d’année par Amnesty international pour que la responsabilité des grands groupes soit reconnue dans les catastrophes humanitaires, écologiques causées par eux-mêmes, leurs filiales ou leurs sous-traitants dans les pays sous développés. Les militants d’Amnesty soulignaient le fait que les grandes entreprises vantent souvent leurs engagements en terme de « responsabilité sociale » mais lorsque leurs activités violent les droits humains à travers leurs filiales ou des entreprises partenaires, leur responsabilité réelle est rarement reconnue et les victimes peinent à obtenir réparation.

Ils ont mis en avant leur combat pour que la loi les sanctionne. 

Ce sujet nous tient aussi tout particulièrement à cœur. Une de nos raisons d’être est de lutter contre la liberté laissée à ces grands groupes de faire ce qu’ils veulent partout dans le monde au mépris des conditions de vie de la population et de celles des travailleurs. Mais cette lutte, nous la concevons comme celle des salariés eux-mêmes. Ce sont eux qui représentent la force capable de constituer un frein aux agissements de ces groupes aussi bien en France que dans les autres pays. 

Le troisième thème concernait « la nécessité de responsabiliser la vente d’armes ». Amnesty international agit pour obtenir un encadrement des ventes d’armes en particulier l’application des clauses du traité sur le commerce des armes. Ce traité prévoit que l’État signataire veille à ce que les entreprises qui vendent les armes vérifient que l’acheteur n’en fera pas « un usage contraire aux droits humains ».

Un tel traité peut être un point d’appui,mais le nombre de traités bafoués, de violences contre la population civile dans les guerres en cours parfois soutenues par notre propre gouvernement ainsi que les scandales auquel sont liés les multinationales spécialisées dans la fabrication d’armes en particulier montrent le peu d’efficacité de ces accords. Les multinationales pour leur part détournent les lois, les règlements en fonction de leurs intérêts dans le domaine des armes comme dans les autres secteurs. Leur armada d’avocats est là pour les sortir des mauvais pas et minimiser les conséquences financières en cas de condamnation. 

Nous avons affirmer notre position contre la production et la vente d’armes, une position que nos camarades défendent aussi dans les entreprises concernées. Les salariés pourraient y produire d’autres produits que des engins de morts. 

De plus il nous semblait bien difficile de définir à quel pays il pouvait être convenable de vendre des armes. La France est l’allié de nombreuses dictatures comme l’Arabie Saoudite. Comment définir les pays qui utilisent ces armes dans le respect des droits humains ce qui est en soi antinomique ? Par quel moyen assurer un contrôle alors que chaque contrat est célébré comme une victoire industrielle par le gouvernement ? Toutes les grandes puissances sont en train de se réarmer. Les conflits s’étendent. Nos interlocuteurs étaient bien conscients de toutes ces difficultés et de la course aux armements dans laquelle est engagé un grand nombre d’État mais ils concevaient la ratification de ce traité comme une première étape.