Ecologie

À chaque campagne électorale, les candidats promettent des mesures pour faire face à l’urgence écologique et pour organiser la transition vers les énergies renouvelables. Chaque gouvernement organise sa grand-messe sur l’environnement ou le climat, du Grenelle de l’environnement sous Sarkozy à la COP 21 sous Hollande.

Mais il en va du climat et de l’environnement comme du chômage : tous les politiciens s’engagent à trouver des solutions mais, une fois au pouvoir, ils sont bien incapables d’empêcher les catastrophes annoncées, pour la simple et bonne raison que ce sont les grands groupes capitalistes qui détiennent les manettes de l’économie. Ce sont leurs décisions d’investissement qui structurent l’organisation de la production, de l’énergie, des transports, du BTP.

Tant que l’on accepte cette mainmise sur l’économie, on peut discourir sur la sauvegarde de la mer ou sur les énergies renouvelables, mais on parle pour ne rien dire. Les États se sont engagés à réduire les émissions de carbone mais, refusant d’imposer des mesures contraignantes aux industriels, ils se sont contentés de mettre en place un marché des droits à polluer que peuvent s’échanger les capitalistes. Pour que les capitalistes acceptent de se préoccuper de l’écologie, il faut que cela leur rapporte !

L’écologie fait maintenant partie de la stratégie publicitaire de tous les groupes capitalistes : c’est à qui sera le plus « vert », le plus soucieux de développement durable. Certains fabricants en ont fait un argument de vente face à leurs concurrents. Pour d’autres, l’écologie a été l’occasion de trouver de nouveaux marchés, dans la construction de panneaux solaires ou d’éoliennes. Mais la révélation des fraudes au diesel organisées par Volkswagen et tous les autres constructeurs automobiles montre les moyens que les capitalistes sont capables de mettre en œuvre quand une réglementation fait obstacle à leurs profits.

Les politiques écologiques des gouvernements se réduisent en définitive à créer des taxes qui pèsent sur le budget des plus pauvres et à distribuer des subventions et des aides aux entreprises au nom de la transition énergétique, comme ils le font au nom de la compétitivité ou de l’emploi.

Même la question du nucléaire ne peut se discuter sans mettre en cause l’organisation capitaliste de l’économie. Le principal danger du nucléaire ne réside pas dans la technique elle-même mais, comme Fukushima l’a montré, dans l’irresponsabilité des entreprises qui la mette en œuvre. Comme tous les autres capitalistes, les industriels du nucléaire mènent des politiques de réduction des coûts et ils sont prêts à économiser sur la sécurité pour augmenter leurs profits. Même si l’État reste son actionnaire majoritaire, EDF fonctionne avec la même logique, supprimant des emplois pour dégager des profits, ayant recours massivement à la sous-traitance et maintenant l’opacité sur l’état de ses installations.

Sur toutes les questions écologiques, une politique concertée et planifiée à l’échelle de la planète serait nécessaire. Or le propre du capitalisme est que rien n’est organisé, concerté, anticipé et planifié à l’échelle de la société. C’est le règne de la concurrence et de l’intérêt particulier au détriment de l’intérêt général. Seules les lois du marché et la recherche du profit inspirent les décisions des capitalistes.

Les problèmes écologiques illustrent l’urgence qu’il y a à enlever les leviers de commande de l’industrie, des transports, aux groupes privés. L’urgence qu’il y a à supprimer le secret industriel, pour permettre à chaque salarié de rendre publics les malversations ou les risques pour la santé publique ou l’environnement dont il a connaissance, sans risquer d’être licencié pour divulgation de secrets professionnels. L’urgence qu’il y a à organiser l’économie d’une façon rationnelle, planifiée, pour répondre aux besoins du plus grand nombre tout en préservant l’environnement.

Réponses de Nathalie Arthaud à des courriers reçus pendant la campagne électorale

[…] En tant que communiste je suis particulièrement préoccupée par l'avenir de l'humanité et de la planète. S'il est légitime de s'inquiéter de ce qui se passe aujourd'hui en matière d'environnement et des conséquences que cela peut avoir sur la santé de tout un chacun et sur la biodiversité, les préoccupations des uns et des autres sont bien révélatrices de leur indifférence vis-à-vis des travailleurs, qui sont pourtant toujours les victimes en première ligne de ces dangers.

La défense de l'environnement figure en bonne place sur les programmes de tous les partis, en particulier ceux qui défendent l'ordre social actuel. Mais si la pollution de l'air et de l'eau, les produits et sous-produits dangereux de l'industrie, utilisés sans contrôle, sont des menaces réelles, c'est bien la conséquence de l'irresponsabilité congénitale du capitalisme qui n'a que la course au profit comme moteur et comme morale, quitte à mettre l'avenir de l'humanité en danger.

Je ne vais donc pas faire semblant de croire qu'il suffirait de prôner telle ou telle mesure isolée pour résoudre ces problèmes. C'est le fonctionnement global de l'économie capitaliste que je condamne et son remplacement par une économie véritablement socialiste que je prône.

Car ces solutions resteront lettre morte tant qu'une poignée d'industriels et de financiers imposera son diktat à toute la société dans le seul but de privilégier leurs intérêts privés. En effet, une économie marquée par la concurrence et le fonctionnement anarchique de la production n'est pas et ne peut pas être respectueuse de l'environnement et de la biodiversité, pas plus qu'elle ne l'est et ne peut l'être des hommes et des femmes qui y vivent.

Ce préalable étant posé, c'est volontiers que je réponds à vos questions.

Tout d'abord je ne pense pas que ce soit la démographie la principale cause des problèmes écologiques de la planète. L'idée qu'il n'est pas possible de satisfaire les besoins de tous provient de la théorie de la surpopulation de Malthus qui est largement contestée. […] Dénoncer la démographie plutôt que le système économique revient à mettre les pauvres à l'index au lieu de désigner les véritables coupables des dysfonctionnements majeurs de la société.

Bien sûr le réchauffement climatique actuel est une grave menace pour de nombreuses populations. En France le transport routier représente, avec 26 %, le premier secteur en terme d'émission de gaz à effet de serre. Pourtant les entreprises, aidées par les gouvernements, continuent à privilégier le « tout camion », les entreprises pour des raisons d'organisation de la production grâce au système du « flux tendu » et les gouvernements parce qu'ils sont incapables d'imposer quoi que ce soit au patronat. Il y a donc bien des mesures qu'il seraient urgent de prendre pour tenter de contenir le réchauffement climatique sous la barre des 2°C d'augmentation sans qu'il soit besoin d'invoquer la démographie.

Je tiens par ailleurs à me démarquer très nettement de toute attitude visant à culpabiliser l'ensemble de la population pour les problèmes environnementaux. La notion de fiscalité écologique est très à la mode et vise précisément à dédouaner les industriels de leurs responsabilités dans la pollution. Je considère que c'est aux capitalistes de payer pour leurs méfaits écologiques, y compris pénalement, et pas à la population pauvre d'avoir à payer plus cher son chauffage ou ses transports.

Enfin je ne pense pas que prôner la « décroissance » pour les pays riches permettrait aux pays africains d'améliorer leur niveau de vie. Une « répartition plus équitable des richesses » ne pourra se faire qu'en empêchant la domination des multinationales qui pillent ces pays et sont responsables de la corruption qui y règne et de bien des guerres régionales qui les ont ravagées. La « décroissance » c'est mieux de l'angélisme, au pire une attitude franchement réactionnaire quand elle revient à faire la morale à ceux qui ont déjà du mal à joindre les deux bouts ou qui sont obligés de prendre leur véhicule pour se rendre au travail.