Agriculture

Comme toutes les autres activités de la société, l’agriculture est complètements intégrée dans l’économie capitaliste. L’organisation de sa production, le cours des prix, tout est dicté par la loi du marché, un marché qui n’est plus national mais mondial. Les grands groupes de l’industrie agro-alimentaire, les chaines de distribution et les banques imposent leur loi à la grande masse des producteurs.

Une grande partie des agriculteurs sont ainsi devenus de simples façonniers qui, souvent par contrats avec de grands groupes, se voient attribuer des semences ou des engrais pour les uns, des antibiotiques ou des aliments préparés pour les autres, et qui, sous le contrôle direct de leurs acheteurs, ont pour seule mission de livrer leur production à la qualité requise par leur donneur d’ordres.

Dans ce système, les plus gros, véritables capitalistes du monde agricole, imposent leur loi aux petits producteurs de plus en plus nombreux à être étranglés et acculés à la faillite.

Résultat le plus scandaleux de cette logique du profit, la production de biens alimentaires est de plus en soumise à la spéculation des marchés financiers : des milliers de paysans peuvent se retrouver brutalement ruinés alors que dans le même temps des populations entières sont condamnées à la sous-alimentation chronique, quand ce n’est pas à la famine.

L’expropriation des grands groupes capitalistes et des banques par les travailleurs sera un progrès pour la majorité de la population et pour la grande masse des petits paysans eux-mêmes. A ceux-ci, elle offrira la possibilité de vivre dignement dans une société débarrassée de l’exploitation en œuvrant par leur travail au bien-être de tous ses membres.

Réponses de Nathalie Arthaud à des courriers reçus pendant la campagne électorale

Quel est/sont le ou les enjeux stratégiques pour la vigne et le vin français pour les cinq ans à venir ?

Je ne mets pas un trait d'égalité entre les 100 000 exploitations viticoles. Il y a d'un côté de toutes petites propriétés familiales, hors des grands crus, qui permettent à leurs propriétaires d'en vivre chichement, et de l'autre, des grands domaines qui se revendent à prix d'or et qui ne fonctionnent que grâce au travail, mal rémunéré, d'ouvriers viticoles.

Quant à la nationalité « française » du vin, elle est mise en avant pour réclamer de nouvelles subventions d’Etat, mais elle est vite oubliée par les propriétaires de grands crus lorsqu’il s’agit de conquérir des marchés. Ainsi, Pernod Ricard s’occupe peu de la couleur du drapeau lorsqu’il produit essentiellement en dehors de l’hexagone (Australie, Asie, Amériques, Espagne…). Les mouvements de fusion-acquisition, le processus de concentration engagé, la multiplication des opérations financières (multipliées par dix depuis 1998) montrent quels sont les véritables enjeux pour les capitalistes de l’agro-alimentaire. Cela se fait au détriment des petits viticulteurs qui sont voués à disparaître. Et cela se fait essentiellement par la surexploitation des ouvriers agricoles, souvent saisonniers, à qui l’on impose de plus en plus de flexibilité dans les horaires et les contrats et qui sont mal rémunérés, mal logés et souvent exposés aux pesticides.

Ce qui me préoccupe c’est ce que vivent ces travailleurs de la vigne et non la côte financière atteinte par les grands crus.

 

Comment mener une politique de santé protégeant contre l'alcoolisme et les effets néfastes de l'alcool tout en protégeant la filière vitivinicole française ?

La lutte contre le fléau de l'alcoolisme se heurte à des intérêts privés puissants qui savent trouver des relais parmi le personnel politique, y compris au plus haut niveau.

Ainsi, le lobby viticole a remporté une victoire en 2015 grâce à la loi Macron. Celle-ci a modifié la loi Evin, qui limitait fortement la publicité pour l’alcool depuis près de 25 ans.

Avec une consommation moyenne de 11,1 litres par an, la France dépasse de 25 % celle des pays de l’OCDE et arrive en sixième position des consommateurs d’alcool. L’alcool tue environ 60 000 personnes par an et l’addiction touche de plus en plus de jeunes. Cet amendement est un vrai recul dans la lutte contre l’alcoolisme, d’autant plus qu’il valorise aussi certains alcools forts.

Mais, pour Macron, la consommation de boissons alcoolisées est une « cause nationale » !

Cette influence occulte des lobbies du vin au détriment de la santé publique est révoltante et doit être dénoncée. Imposer un véritable contrôle par les salariés et par l’ensemble de la population sur ces groupes permettrait, dans ce domaine comme dans bien d’autres, des progrès considérables. C’est pourquoi je m’attache particulièrement à mettre en avant une telle mesure durant mes interventions dans cette campagne pour les élections présidentielles.

 

‐ Faut‐il défendre la spécificité du vin dans la politique européenne ?

Si par spécificité du vin vous entendez « spécificités des intérêts des capitalistes du secteur » ma réponse est non, pas plus pour ceux-là que pour d’autres. La seule spécificité que je défends est celle des intérêts des ouvriers agricoles et des petits viticulteurs par rapport à ceux des capitalistes de la viticulture.

- La gestion de la problématique environnementale passe‐t‐elle prioritairement par une meilleure définition des règles d'utilisation des produits phytosanitaires ou la création d'un contexte d'émulation collective au sein des groupes de viticulteurs ?

Depuis juin 2015 un décret reconnaît enfin le caractère professionnel d’un cancer – le lymphome malin non hodgkinien – chez les agriculteurs. Et le texte fait la liste des pesticides, officiellement « cancérigènes », et donc totalement interdits, pour certains depuis des années.

Le lymphome vient donc à la 59e place de la longue liste des maladies professionnelles du monde agricole, juste après la maladie de Parkinson, deux maladies reconnues comme provoquées par les pesticides.

Au regard de la loi, les pesticides « cancérigènes » sont interdits. Les «cancérigènes possibles», c’est-à-dire ceux dont l’effet néfaste a été prouvé sur les animaux mais pas sur l’homme, le sont aussi.

Par contre, les pesticides « cancérigènes probables », classés comme tels par l’OMS parce que suspectés d’être impliqués dans l’apparition de cancers, restent sur le marché. Et le glyphosate, principal composant du Roundup, classé « possible » en 1985 puis déclassé en 1991 pour rejoindre la catégorie des « probables » continue à être épandu par milliers de tonnes risquant de causer des milliers de cancers.

A l’échelle nationale, le ministre de l’Agriculture, Séphane Le Foll, a lancé le plan Ecophyto 2. L’objectif affiché est de réduire de 50 % d’ici 2025 la consommation de pesticides dans l’agriculture, et de limiter en conséquence la pollution qui résulte de leur usage. Mais ce plan risque bien d’être un rideau de fumée derrière lequel les géants de la chimie continueront à faire des milliards de profits et à empoisonner les agriculteurs, les consommateurs et la nature.

En effet, en 2008, à la suite du Grenelle de l’environnement, un premier plan Ecophyto avait été lancé, avec le même objectif. Il a échoué : ces quatre dernières années, les traitements ont même augmenté de 6 %.

Pour réduire l’usage des pesticides, Le Foll prétend convaincre les distributeurs, en particulier les coopératives agricoles, de vendre moins de produits phytosanitaires, et les agriculteurs de moins en utiliser. C’est rendre le monde paysan responsable des pollutions, et refuser de s’en prendre aux vrais responsables : les trusts comme Bayer et Monsanto. Ces trusts s’y entendent pour imposer leurs produits aux cultivateurs et poussent à la consommation d’engrais et de pesticides, au-delà de ce qui est utile pour la production agricole.

Dans les régions viticoles, en Gironde en particulier, la population dénonce un nombre de cancers chez les enfants anormalement élevé. La moindre précaution serait d'imposer une distance de sécurité suffisante entre les habitations, les écoles et les vignes. Mais dans le bordelais, le mètre carré de vignoble supplémentaire, dont le prix ne cesse de s'envoler, semble primer sur la santé des villageois.

La production d’aliments et la santé humaine sont choses trop sérieuses pour qu’on les laisse aux mains des capitalistes et des gouvernants à leur service.

 

En matière de vin, avez‐vous une région favorite ? Êtes-vous plutôt vin de copain pour la convivialité, vin d'artistes pour l'hédonisme, ou autre ?

Désolée pour la profession, mais je suis une consommatrice plus que modérée et pas vraiment une grande connaisseuse...

Un consensus se dégage dans le monde scientifique pour mettre en garde contre les méfaits pour la santé humaine des pesticides et de leurs résidus, dont une agriculture soumise à la loi du profit fait pourtant un usage intensif.

Que les abeilles s'en trouvent victimes n'est pas étonnant quand les néonicotinoïdes visent directement le système nerveux des insectes, sans qu'il soit possible pour ces molécules de faire la distinction entre insectes nuisibles aux récoltes et ceux qui, telles les abeilles, en participant à la pollinisation, contribuent aussi aux rendements élevés des cultures.

Les colonies d'abeilles, devenues des outils de l'agriculture capitaliste moderne, font l'objet d'un marché international, et présentent peut-être déjà, en raison des sélections opérées, un appauvrissement génétique. De fait, ceci atténuerait leurs capacités à coexister avec tout ce que l'évolution naturelle continue de secréter comme virus, champignons microscopiques, acariens et autres. De la même façon que les cultivars, clones végétaux cultivés dans le but de "fixer génétiquement" les qualités de certaines plantes (pour les variétés de fruits par exemple), ont pour corollaire un usage croissant de fongicides et autres pesticides, car l'évolution ne s'arrête pas et continue de fabriquer de nouveaux champignons, insectes, virus, vers, etc... pour lesquels ces plantes sont des cibles tout désignées. Pour les abeilles, les insecticides néonicotinoïdes constituent donc un des éléments supplémentaires qui participent à la fragilité de survie des colonies.

Il ne s'agit pas de rejeter le progrès scientifique et la connaissance des lois de la nature, qui sont des acquis considérables. Le problème est que les rapports de l'homme à la nature aujourd'hui sont, comme les rapports entre être humains, d'abord gouvernés par la loi aveugle du marché capitaliste. La course au profit a bouleversé depuis longtemps l'agriculture, la vie des travailleurs des champs, ruiné bien des écosystèmes, détruit bien des biotopes et menacé la survie de bien des espèces, y compris celles que l'homme avait depuis l'Antiquité appris à côtoyer, dont les abeilles.

En tant que communistes, nous considérons la planète Terre comme un héritage que nous partageons avec le reste du monde vivant, nous devons contribuer à l'entretenir comme un jardin, y trouver les ressources pour notre nourriture et notre bien-être tout en en préservant le renouvellement, et donc la biodiversité.

Les néonicotinoïdes, en polluant le sol de résidus durables, dont on mesure mal l'impact à long terme, y compris sur les êtres humains, sont l'illustration d'une menace plus large : celle de puissants lobbys de l'agrobusiness que vous évoquez, agents d'une économie à courte vue, pour qui c'est "le profit avant tout... et après nous le déluge", quitte à ce que leurs intérêts mènent l'économie mondiale au bord du gouffre.

Préserver durablement la biodiversité nécessitera qu'une autre forme d'économie s'impose, maîtrisée par les travailleurs et l'ensemble de la population, orientée vers la satisfaction des besoins humains, au nombre desquels figure l'entretien des ressources naturelles.

Dans cette perspective, nous sommes évidemment favorables aux dispositions législatives limitant tant que faire se peut les atteintes inutiles à la biodiversité. Et oui, la recherche doit évidemment pouvoir continuer afin de mieux cerner les risques encourus dans l'usage des néonicotinoïdes, pour les abeilles... et pour nous-mêmes.