Durant la campagne des élections présidentielles de 2012, j'ai représenté les idées de Lutte Ouvrière. J'ai tenu ce blog pour permettre à ceux qui étaient curieux de ma candidature de mieux connaitre les idées que je défendais. Les élections nous ont permis de nous exprimer et je me suis fait un peu connaître. Bien des gens ont pu se rendre compte que les idées qu'Arlette Laguiller avait défendues à l'occasion de nombreuses élections dans le passé étaient toujours bien vivantes.
Comme je n'ai cessé de le dire pendant ma campagne, quel que soit le gouvernement sorti des urnes, c'est par les luttes sociales et par les grèves que nous, travailleurs, pouvons imposer nos exigences. Seul un mouvement d'ensemble englobant la grande majorité du monde du travail nous permettra d'améliorer notre sort. Alors, mes camarades de Lutte Ouvrière et moi, nous continuons évidemment à défendre nos idées partout où nous vivons et militons : dans les entreprises et dans les quartiers populaires.
Pour suivre toute cette actualité, nos actions, nos prises de positions, lire notre presse ou prendre contact, je vous propose désormais de visiter le site de Lutte Ouvrière.
lundi 23 avril 2012
On m’a beaucoup fait dire, à tort, que les élections ne servaient à rien. Ce que j’ai toujours rectifié, en expliquant que les élections ne pouvaient pas servir à changer la vie des travailleurs, mais qu’elles servaient à s’exprimer. Autant dire que nous ne sommes pas indifférents aux résultats, qui mesurent en partie ce que pensent les travailleurs.
Le plus inquiétant, dans les résultats, est le pourcentage de voix obtenues par Marine Le Pen. Il atteste du renforcement de l’extrême droite dans l’opinion publique. Cette montée de l’extrême droite représente une menace pour les travailleurs. Ceux, parmi les classes populaires, qui ont apporté leur vote au Front National, se sont tiré une balle dans le pied et, par la même occasion, en ont tiré une dans le pied de leur voisin d’à côté.
Mais je tiens à dire que tout le monde aura servi la soupe à Le Pen pendant cette campagne. La droite, mais c’est dans l’ordre des choses : on savait que Sarkozy, pour être réélu, devait repiquer à Le Pen les voix qu’il avait captées en 2007. Mais la gauche est responsable, elle, de l’influence grandissante du Front National dans les classes populaires. Non seulement parce que beaucoup, à gauche, ont repris dans cette campagne des thèmes nationalistes et protectionnistes ; mais d’abord et avant tout, du fait de la politique passée de la gauche gouvernementale, PS et PC confondus.
Du fait de ses démissions et de ses trahisons, la gauche au pouvoir a fait le lit de l’extrême droite dans les classes populaires. Elle a conduit à la démoralisation, à la perte de boussole politique de bien de travailleurs voyant la gauche au pouvoir faire une politique de droite. Autant dire que je ne pense pas que Hollande, réélu, sera un rempart contre l’extrême droite. Parce qu’il ne protégera pas les classes populaires de la crise ; et parce qu’en se déconsidérant, il déconsidèrera, aux yeux de certains travailleurs, toute idée semblant venir de la gauche, ce qui ne pourra que bénéficier au Front National, qui cherchera à bon compte à se présenter comme LE parti de l’opposition.
Quant à mes résultats, il est certain que j’aurais aimé faire plus. Mais en même temps, je ne me faisais pas beaucoup d’illusions. Parce que je savais que je défendais des idées à contre-courant. Et je pense que c’est aussi le cas de mes camarades qui ont fait cette campagne.
Dans cette élection, j’ai défendu un programme de lutte ; j’ai dit que, pour obtenir ce qui est vital aujourd’hui pour les travailleurs – l’interdiction des licenciements, la répartition du temps de travail sans diminution de salaire, l’échelle mobile et le contrôle des travailleurs sur les entreprises –, il fallait renouer avec de grandes luttes comme mai 68, juin 36. J’ai défendu cette idée tout en sachant que ce n’est pas, pour l’instant, dans l’air du temps.
J’ai aussi fait entendre une voix communiste révolutionnaire : j’ai défendu l’idée que les travailleurs peuvent et doivent prendre eux-mêmes le pouvoir de façon à diriger, organiser collectivement l’économie. Tout en sachant que cela paraît utopique pour beaucoup.
Mais j’en suis fière. Parce que je suis convaincue que ce sont les seules perspectives politiques valables pour les travailleurs, qu’il n’y en a pas d’autres.
Avec mes camarades de Lutte Ouvrière, nous avons montré que nous ne sommes pas des girouettes. Nous ne nous mettons pas dans le sens du vent, nous avons nos idées, nos convictions, nos idéaux et nous les défendons. Et nous sommes persuadés que, tôt ou tard, les travailleurs s’en saisiront.
Oui, les travailleurs auront, tôt ou tard, à se défendre. Hollande ou pas, ils vont devoir se battre pour leurs intérêts de classe, pour ne pas reculer. Car il faut bien être convaincu que les coups, les restrictions, les licenciements vont continuer à tomber. Et qu’ils soient, cette fois, assumés par un gouvernement de gauche avec Hollande, ne les rendra pas meilleurs.
Voilà pourquoi nous n’appelons pas à voter pour Hollande. Nous ne voulons pas cautionner d’une façon ou d’une autre la politique que Hollande mènera demain s’il est élu.
Comme moi et mes camarades, certains de mes électeurs, confrontés au choix pipé entre un ennemi ouvert des travailleurs et un faux ami, s’abstiendront ou voteront blanc. D’autres, pour se débarrasser de Sarkozy, voteront pour François Hollande. Mais l’essentiel n’est pas là. Quel qu’ait été le choix personnel de chacun, j’appelle les travailleurs, les victimes de la crise à se retrouver tous ensemble dans les luttes inévitables contre le grand patronat, les banquiers et le gouvernement.
Ce sont les travailleurs, au travers de leurs luttes, qui peuvent se défendre et faire, par la même occasion, rempart à la montée du Front National dans les classes populaires.
Nous ne pourrons compter sur personne pour nous défendre : ni sur le président de la République, ni sur le gouvernement. Mais nous avons la force de nous défendre nous-mêmes, car c’est nous qui faisons tourner l’économie. Si nous avons une claire conscience de nos intérêts matériels et politiques et si nous sommes décidés à les imposer, notre force est irrésistible !