La famille Besnier et son gros fromage

06 Avril 2017

Lors du grand débat de BFMTV et Cnews, la majorité des candidats a rendu l'Europe responsable de tous nos malheurs, camouflant ainsi les vrais maîtres de la société qui s'enrichissent, discrètement mais sans relâche, grâce à l'exploitation des travailleurs, des petits artisans ou des producteurs.

Le cas d'Emmanuel Besnier, 46 ans, est éloquent. Cet « empereur du fromage » est le Pdg et principal actionnaire, avec ses frères et sœurs, de Lactalis (marques Président, Lactel, Munster, etc). En quatre ans, de 2013 à 2017, sa fortune personnelle est passée selon le magazine Forbes, de 4 à 10,5 milliards d'euros. Elle a quasiment triplé, propulsant Emmanuel Besnier à la 8ème place des fortunes françaises. Quant aux petits frères et sœurs, ils ne sont pas en reste puisqu'ils possèdent 4 milliards d'euros chacun.

Lactalis est le premier groupe laitier au monde, le deuxième groupe agroalimentaire français derrière Danone. Il emploie 75 000 salariés dans le monde et collecte 20 % du lait en France.

Au moment précis où la fortune de la famille Besnier explosait, des milliers de producteurs de lait étaient poussés vers la faillite, parfois vers le suicide car, produisant à perte, ils n'arrivent plus à s'en sortir. Selon les producteurs, Lactalis est « le plus mauvais payeur de France ».  A l'été 2016, il payait le litre de lait 25 centimes d’euro aux éleveurs, soit 14 centimes au dessous de son prix de revient. Quatre producteurs qui avaient osé dénoncer ces méthodes au cours d'un reportage d'envoyé spécial, vont être exclus de la collecte dans une région où Lactalis a le monopole.

L'Union européenne n'est en rien responsable des malheurs des producteurs de lait ou de l'exploitation des travailleurs du groupe Lactalis. Depuis 2015, il n'y a plus de quota de production, les prix sont fixés par le marché c'est-à-dire au bout du compte par la loi de la jungle du capitalisme où les gros imposent leurs diktats aux petits. Le monopole de Lactalis sur la collecte dans plusieurs départements qui lui permet de fixer la quantité de lait livrée, la qualité exigée, le prix. Besnier, capitaliste bien français, en profite à plein !

Alors toux ceux qui, de Mélenchon à Le Pen en passant par les souverainistes de tous poils, dénoncent Bruxelles ou Merkel sans jamais contester l’avidité des capitalistes, celles des Besnier, Arnault et autres Bettencourt, trompent les travailleurs et protègent ces milliardaires.